Ahryun LEE

2 juillet – 8 septembre 2022

Pour Ahryun Lee, la céramique est un monde enchanteur qui présente de multiples  possibilités créatives, en particulier la sculpture céramique contemporaine avec ses possibilités sans limites. « L’argile est un médium intriguant et impressionnant ; le matériau céramique devient un territoire fertile pour l’expérimentation et l’approche créative dans l’art contemporain. Mon travail ne peut pas être présenté comme d’un seul style car il comporte différents aspects, de l’élaboration intentionnelle à la communication plus spontanée avec le matériau. Mon propos est de défier toute notion conventionnelle dans l’art céramique, transcendant ses racines utilitaires, tout en poussant la matière à devenir plus attrayante et stimulante visuellement » confie l’artiste. Dans une perspective innovante de la céramique, Ahryun Lee utilise le matériau de manière sophistiquée pour créer une qualité de surface insolite. La couleur, la gaieté et l’extraordinaire sont les trois mots clés de l’artiste pour décrire sa démarche. « Je crée mon propre univers imaginatif, fictif et délicieux – lié à des sensations d’enfance – en utilisant des couleurs fortes et des textures extraordinaires en céramique.La plupart de mon inspiration provient de mes activités d’enfance, jouets, amusement, choses enfantines comme les contes de fées. Chaque couleur et texture rappelle certaines saveurs dans mon imagination, tels mes bonbons préférés ; c’est la raison pour laquelle j’ai nommé mes collections par exemple Imaginary drinks, the Fruity Fairy, ou Tasty collection.

Ahryun dans Connaissance des Arts
Ahryun Lee dans L’OEIL

Son univers acidulé fait écho à celui du Pop Art. Ahryun Lee se dit aussi influencée par l’esthétique du groupe de Memphis, un mouvement de design et d’architecture fondé à Milan par Ettore Sottsass dans les années 1980. Mais elle s’inspire surtout du monde de l’enfance, entre souvenirs personnels et visions imaginaires.
« C’est une période d’émerveillement, de découverte. Un bébé a toujours quelque chose dans les mains et le porte à sa bouche pour savoir ce que c’est. J’essaie de retrouver cela, de traduire des sensations à travers mes oeuvres. Il faut que l’on ait envie de les toucher, de les manger… », explique la céramiste, qui compare ses pièces à des « amuse-bouche », un terme dont elle apprécie autant le sens que la sonorité.
Pour sa première exposition en France, Ahryun Lee a choisi une vingtaine de créations récentes. « Elles sont là pour favoriser des réminiscences, qui peuvent naître de la forme ou de la couleur, poursuit-elle. Devant une sculpture jaune, j’aimerais que le spectateur ne voie pas seulement le jaune, mais qu’il le sente, qu’il le goûte. Le jaune c’est l’acidité du citron, l’amertume. Pour d’autres, il évoquera le sucré, le pétillant… L’objet doit convoquer tous les sens et conduire à une expérience de synesthésie ».
L’oeuvre n’existe pas sans interaction avec le spectateur. L’artiste le stimule, le provoque. En l’invitant à se souvenir. Une forme, une couleur, une matière, suffisent à faire naître des images. Les fantaisies d’Ahryun Lee ont le parfum d’une nostalgie heureuse.

Guillaume Morel
Journaliste et critique d’art
Extraits, 2022.