Anne Verdier

« Les affleurants »

9 juillet – 8 septembre 2016

Anne Verdier, née en 1977, s’inscrit aujourd’hui dans le courant des jeunes artistes céramistes émergents qui modifient singulièrement le paysage français de la céramique contemporaine.
Issue de la recherche scientifique en biologie, Anne Verdier s’est passionnée dès le début des années 2000 pour la recherche céramique. Bien que disposant d’une solide formation acquise au Langley College à l’ouest de Londres, puis à l’IEAC – Institut Européen des Arts Céramiques de Guebwiller, complétée par une résidence à l’académie des Beaux-arts de Wroclaw en Pologne en 2005, l’artiste plasticienne céramiste n’est plus ici dans la démonstration d’un savoir-faire mais dans un cheminement qui tend à organiser un rapport entre le chaotique et l’équilibre.
Anne Verdier sculpte la terre cuite. Oubliant la théorie, l’artiste accumule  les matières, les expériences… elle accumule, cuit, fait fondre et puis elle casse… pour voir !… pour montrer l’exubérance. Casser chez elle  n’est pas détruire, mais au contraire à cet instant,  le marteau redevient outil de sculpture et alors commence, au moment où d’autres pensent que tout est fini,  un travail finalement si classique de dégrossissement : révéler les tensions, trouver les lignes … vivre les formes. C’est une céramique de scientifique, d’intellectuelle, mais le but est bien l’émotion, et elle est forte.


Anne Verdier dans L’Œil

La main caresse la roche. La main modèle la terre y laissant toutes nos traces d’un passage incertain, si fugace face à la lenteur des montagnes. Tendrement, elle dessine les contours de ce que sera l’empreinte. Affirmant une géologie intime qui n’a de réalité que dans l’histoire que le sculpteur nous raconte. Les paysages nous ressemblent et les œuvres commencent lors de leurs traversées, le matin, quand dans les brouillards apparaissent sourdement les masses lourdes des noyaux de granit prêts à replonger, et qu’au fond du décor se dressent les orgues refroidies. La nature est toujours le modèle, la source. Pas à pas Anne y découvre les lieux possibles de son inscription … pas à pas, elle marque les lieux de son travail, puis, laisse les dépôts sécher au vent, le temps que le dialogue se noue entre l’argile et les lichens.
Que dire face à l’immanence, si ce n’est notre éternel besoin d’humanité? Si ce n’est notre impossibilité à rester de pierre devant les dépouilles du monde. Alors, elle cuit pour refaire le chemin et en ré-enchanter les cristallisations. Elle cuit pour raccourcir le temps et nous offre modestement, quelques croutes métamorphiques. Des extraits aux couleurs chaudes, des morceaux sur-fondus, des carapaces.
Apparait alors l’image tellurique des fondations primaires – grave, lourde et discrète. Un voile posé, sur les affleurements du monde souterrain … la parure de Gaïa.

Philippe Godderidge, mai 2016