Claire Lindner

L’air est une racine

5 mai – 28 juin 2018

Emprunté à un poème surréaliste de Jean Arp, le titre de l’exposition témoigne des nouvelles sources d’inspiration de l’artiste céramiste Claire Lindner pour son second solo show à la Galerie de l’Ancienne Poste.
L’instant déclencheur de ce travail plastique se situe au sein de l’univers d’enchevêtrement  végétal de la forêt canadienne visitée par l’artiste en 2016. Pendant ce moment d’exploration, Claire Lindner a pu en effet observer les différentes strates de cette végétation dense et fertile et ressentir l’équilibre fragile dans lequel chaque vie s’appuie sur une autre pour exister, dans un cycle sans cesse renouvelé.
Cette expérience a été marquante pour l’artiste par le contraste avec ses Corbières natales dont le climat de plus en plus aride durcit le paysage. La sécheresse vécue au jour le jour exacerbe la sensibilité à des environnements où l’eau «coule de source» et où la verdure vigoureuse s’oppose à une végétation jaunie. Ainsi, de retour à  « ses racines », Claire Lindner a traduit dans  son expression plastique l’énergie et la vitalité ressenties lors de son séjour au Québec : la construction des formes s’appuie sur l’idée même d’éléments se liant les uns aux autres, s’accumulant, se superposant, afin que, petit à petit, l’assemblage de ces éléments devienne structurant.
Mais comment traduire les mouvements de l’air, la fluidité de l’eau, le souffle du vent ou les turbulences du désir ? Cette notion de flux, physique ou psychique, guide l’évolution de l’esthétique de Claire Lindner.

Catalogue de l’exposition
Claire Lindner dans la Revue de la céramique et verre

Inquiétante étrangeté » a souvent été employé dans les textes d’historiens de l’art ou de critiques. A tel point qu’on hésite à réinterpréter ce terme d’origine freudienne, qui a servi à décrire nombre de peintures de Giorgio De Chirico, René Magritte ou d’autres Surréalistes. Pourtant, ce sont bien ces mots qui viennent à l’esprit à regarder les céramiques de Claire Lindner. Formes indéfinies : fleurs, bourgeons, organes, éléments en gestation et nouvelles espèces en cours d’éclosion ou se refermant sur leur intériorité…
[…]Pour cette exposition, Claire Lindner a choisi comme titre un poème de Jean Arp, l’un des principaux membres du mouvement surréaliste officialisé par son Manifeste de 1924. L’air est une racine dénote de l’absurdité qu’elle peut retrouver et conférer dans ce matériau jusque-là inédit pour elle : le colombin, le boudin dont la dénomination même porte à sourire. Mais ce poème est aussi un oxymore empli d’allégresse, tout en mariant plusieurs éléments. Jean Arp y rédige ainsi que « les pierres sont remplies d’air »… Associer le poids à ce qui n’en a pas rappelle les contradictions que Claire Lindner aime employer pour construire son œuvre. Une texture qui paraît souple et duveteuse, quand la réalité est un matériau dur et rugueux. Des couleurs qui s’épousent, semblant déposées en dégradé, alors qu’elle emploie des colorants vifs, presque surnaturels.
[…] Les pièces jouent moins sur une notion d’équilibre qu’auparavant, pour développer celle d’enchevêtrement. De ces anciennes images de feuilles touffues, se donnent à voir de petits membres ou de grands doigts, entre le vivant et l’éteint, ou dans la mouvance de certaines algues du fond des mers. D’autres semblent fermées et recluses, remettant au goût du jour la question du vide et du plein, car on ne sait ce qui s’y cache à l’intérieur.

Marie Maertens
Journaliste et curateur,
Extraits du catalogue de l’exposition, mars 2018.