Guy Honoré

L’ordinaire extraordinaire 

7 juillet – 6 septembre 2012

Bien que profondément anticonformiste, le travail de Guy Honoré prend racine dans la grande tradition des manufactures françaises où il a travaillé de nombreuses années. Des années d’atelier où il apprend à jongler avec les terres, les secrets du tournage et du moulage, jusqu’en 2001, année où il saute dans son monde : des bols – « mes carnets de croquis » – des vases, puis des boîtes sculpturales, animées. Aujourd’hui, les pièces de Guy Honoré résultent souvent d’un jeu d’éléments tubulaires et de plaques assemblés. Le graphisme, très présent, oscille entre abstraction et figuration, la palette entre superpositions monochromes et associations osées de bleu franc, rose, mauve, vert et orange pétard. Toujours, le trait noir du pinceau souligne un goût joyeux du mouvement  – comme chez Dufy, la ligne danse – et les surfaces conjuguent le mat et le brillant. Tant les graffitis de la rue que la faïence ancienne peuvent nourrir ses sculptures. Les œuvres exposées à la Galerie de l’Ancienne Poste sont centrées autour des deux thèmes d’inspiration que sont la ville et les personnages fantasques. Guy Honoré redéfinit le paysage urbain en architectures colorées ou noir et blanc sur lesquels ses personnages posent un regard placide. Ses sculptures en grès, porcelaine ou faïence sont autant de jalons vers une cité rêvée, idéale, libre.

Guy Honoré dans la Revue de la céramique et du verre

Guy Honoré nous propose de regarder la ville, pas la petite de son enfance, la grande, découverte plus tard avec un important bagage recueilli auprès d’un voisin, Nelson Blanco. Ce peintre argentin lui a donné des couleurs, des surfaces à peindre et des matières à modeler. Guy Honoré construit ses cités « en enlevant » car il cherche à garder le premier jet, l’idée première. Ce sont des éléments coulés, assemblés et dégourdis. Comme il a le goût de la belle surface, les fonds sont soignés et les plans sont créés par les couleurs. Les détails apparaissent à l’approche, dessinés à l’émail. Sous le calme, sous la douceur de ses arêtes qui ont oubliées d’être vives à force de glaçure, perce, comme dans l’acuité de son regard, une géométrie détachée, une distance, qui sait, annonciatrice du chaos ?
L’autre pôle d’intérêt de l’artiste est constitué par des personnages proposés comme des figures stylisées. Sur la ville-socle, un brin déconstruite, l’humain la domine et l’humanise par la fluidité et la douceur réflective de ses couleurs. Guy Honoré y propose sa synthèse, entre Pop Art, surréalisme et découpage cinématographique, appuyée sur une impeccable technique. Toujours saisis en mouvement, tête renversée, grands yeux interrogatifs ou langoureux, les membres éployés comme des ailes au-dessus de la ville, ils donnent le sentiment d’une exploration théâtrale, chorégraphique et musicale.

Anne LAJOIX
Expert Arts du Feu
Docteur en histoire de l’art