Tessa Eastman
Le désordre en délice de l’imagination
13 avril – 16 mai 2019
Tessa Eastman. Erupting Red Midnight Cloud Cluster, 2019, grès émaillé, h. 21x 46 x 44 cm
Première exposition personnelle en France de la jeune artiste londonienne Tessa Eastman déjà très présente à l’avant-garde de la scène artistique contemporaine anglo-saxonne. Inspirées de formes organiques complexes vues au microscope ou des nuages dans le ciel, ses sculptures colorées ont en effet attiré l’attention de nombreux professionnels et ont été plusieurs fois primées. L’œuvre de Tessa Eastman a su impressionner par son originalité, son talent et surtout une approche audacieuse de la forme. À partir d’argile, et en utilisant diverses techniques de construction manuelle, l’artiste explore la singularité du développement des phénomènes naturels, Le nuage qui l’inspire renvoie à la cosmogonie, à l’histoire picturale du paysage ou noue le lien entre le ciel et la terre. Nimbus, stratus, cumulus, cirrus… ce non-sujet, bien qu’il puisse être la métaphore de tant de choses, permet d’autant plus à la plasticienne de se concentrer sur le cœur, voire le corps du matériau.
Dans sa démarche, l’artiste cherche des contrastes ; douceur et dureté, ordre et chaos, géométrie et irrégularité. Les pièces s’animent par sa perception particulière de la forme et de l’émail, et un temps long est consacré à la recherche et à l’expérimentation de l’émaillage. Mats ou brillants, rugueux ou lisses, les émaux de teinte chaude ou froide sont utilisés pour offrir une profondeur de caractère à chaque réalisation. Le regroupement de ses œuvres met en évidence ces contrastes et crée un dialogue entre les pièces.
Tessa Eastman dans Connaissance des Arts
l’idée d’ordre ou de chaos, jouant d’effets de transparence ou d’une matérialité qui stoppent le regard… telles sont les céramiques de Tessa Eastman. Mais la créatrice britannique (née à Londres en 1984) encourage les interprétations de chacun et un ressenti presque « primal » face aux pièces. Nul besoin de définitions trop précises quand l’imaginaire élabore la suite de l’histoire. Si le travail de Tessa Eastman est constitué d’un ensemble de contrastes, il révèle, en parallèle, en quoi l’étude ou le regard d’autrui peuvent transformer une pratique. Venant d’une famille d’artistes, notamment des milieux de l’architecture ou du bijou, elle dessine depuis toujours et découvre, très jeune, la céramique. Elle se passionne immédiatement pour ce toucher et ce pouvoir démiurgique, mais réalise, au départ, des objets plus proches de l’utilitaire. Pour elle,
il s’agit de considérer et d’approfondir la définition même du médium et ses notions de contenants et de contenus.
Ses couleurs sont alors vives et franches et les finitions, très figuratives, voyagent dans les univers marins de la pieuvre, relisent la tradition du gâteau d’anniversaire, le thème de la mère à l’enfant, ou regardent les saisons passer. Mais en 2013, Tessa Eastman décide de parfaire sa formation au Royal College de Londres et confère la possibilité d’une toute autre lecture à son corpus. Tandis que ces premières céramiques dataient de 1997, les professeurs qui l’encadrent alors lui apportent la confiance qui lui manquait. Ils vont lui permettre d’aller rechercher et creuser ce qui la fascine, soit l’interrogation sur le genre humain et la multiplicité de ses relations. En se réfugiant moins du côté du ludisme, elle peut inaugurer une nouvelle thématique globale dont elle est loin d’avoir achevé l’expérimentation. Là encore, pour éviter de trop nombreuses questions et demeurer dans une délicate discrétion, elle indiquera qu’il s’agit de nuages.
Avec ses formes infinies, cette entité polymorphe est l’une des principaux alliés de ceux aimant le test de Rorschach. Le nuage renvoie à la cosmogonie, à l’histoire picturale du paysage ou noue le lien entre le ciel et la terre. Nimbus, stratus, cumulus, cirrus… ce non-sujet, bien qu’il puisse être la métaphore de tant de choses, permet d’autant plus à la plasticienne de se concentrer sur le cœur, voire le corps du matériau. […]
Marie Maertens
Critique d’art et curateur,
Extrait du catalogue de l’exposition, mars 2019.
Tessa Eastman – Pink Lavender Baby Cloud Bundle, 2018
Tessa Eastman – Red Black Cloud Bundle, 2018
Tessa Eastman – . Residing Cloud Orange Emerald, 2018
Tessa Eastman – Marshmallow Metallic Baby Cloud Bundle, 2018
Tessa Eastman – Residing Cloud Turquoise Orange, 2019
Tessa Eastman – Erupting Marshmallow Fluff Cloud Cluster, 2018,
Tessa Eastman – Pink Lavender Baby Cloud Bundle, 2018
Tessa Eastman – Erupting Purple Midnight Cloud Cluster, 2019



