Viktória Maróti

Moderne arachné

1er avril – 11 mai 2023

Diplômée de l’université d’Art et design de Budapest, la jeune céramiste hongroise Viktória Maróti souhaite démontrer toutes les potentialités de la porcelaine. Ses pièces évoquent les techniques du tissage traditionnel, brisant les frontières entre le design céramique et textile. Elle réinterprète le tissage et la vannerie et crée des structures céramiques virtuoses que les cuissons de haute température vont déformer dans un processus plus ou moins contrôlé. Son travail a été découvert à Saint-Quentin-la-Poterie, lors du Concours Terralha de la jeune céramique européenne en 2019, où elle avait remporté le premier prix.

Connaissance des Arts
Yonne Magazine

Elle aime la poésie des contraires. La fécondité des oxymores. Formée à l’Université d’art et de design Moholy-Nagy à Budapest, Viktória Maróti tient de son illustre aîné du Bauhaus le goût de l’expérimentation et de la transdisciplinarité. En 1923, l’artiste d’avant-garde présentait à la galerie Der Sturm à Berlin ses Telephonbilder (Tableaux téléphonés) : des oeuvres sur porcelaine émaillée « dont les couleurs observent de subtiles variations en fonction de l’agrandissement ou de la réduction de la composition ». La jeune céramiste hongroise, elle, tente depuis 2018 de transmuter la porcelaine en textile, en une étrange alchimie. Cônes géométriques alvéolés (Shelter, 2019-2023), mailles fixées au mur (Wall objects, 2021-2023), cylindres souples tissés (Woven Dissolve, 2018), Viktória Maróti dessine et réalise des séries de céramiques d’art ayant l’aspect de textiles 3D, dans une palette de couleurs allant du noir au blanc, du bleu cobalt aux tons pastel. […]
[…] D’entrelacs en lacis, Viktória Maróti tisse un réseau d’oeuvres intimement liées les unes aux autres : « Lorsque je m’implique dans mon processus de travail, mes idées viennent avec fluidité et toutes mes oeuvres sont connectées les unes aux autres comme les maillons d’une chaîne. L’aspect tactile est déterminant pour moi quand je crée une pièce. J’ai l’impression que mes mains sont aussi mon esprit ». En cela, cette moderne Arachné rejoint les propos d’un Paul Valéry (Idée fixe ou deux Hommes à la mer, 1932) : « L’esprit commence et finit au bout des doigts… ».

Myriam Boutoulle
Journaliste et critique d’art
« Viktória Maróti, moderne Arachné », extraits